Category Archives: lettres

Stéréotypes & préjugé , compte rendu du cinquième débat philo…

Mercredi 27 mai, quelques courageux ont démenti le préjugé voulant que les élèves sont fatigués et ne veulent plus réfléchir en fin d’année.

Stéréotypes & préjugés, leur définition donne des clés pour comprendre leur intérêt et leur limite. En psychologie, selon Carl Jung, ce sont des préformes vides ( des idées toutes faites) qui nous permettent de nous repérer même sans avoir une grande connaissance sur une situation, une personne. Un élève donne un très bon exemple : le préjugé veut que les gens du nord de Mayotte soient plus agressifs que ceux du sud. Ce préjugé a sûrement un évènement d’origine mais celui-ci a été amplifié, déformé. Il m’est toutefois utile car il me met en garde contre un éventuel danger. Il me rend moins naïf. Il ne pose pas de problème aux autres car je n’en fais rien de mal. Cela rejoint la pensée de Friedrich Nietzsche sur l’utilité de la logique qui sert plus à faire survivre les hommes qu’à définir ce qu’est la vérité.

Une autre élève met en lumière des limites du préjugé. Si un jour je porte le voile, certaines personnes vont trouver que je suis fermée d’esprit et inabordable. Si un autre jour je le retire, d’autres personnes ne vont plus me comprendre et me reprocher d’être insincère comme si je remettais en cause leurs repères… Mais ce sont des repères qui reposent sur des apparences, pas sur ce que je suis, ce que je pense, ce que je sens.

Le souci vient peut-être de la confiance que nous accordons aux stéréotypes : ils réduisent la réflexion et nous reposent en ce sens. Les stéréotypes soudent aussi des groupes et confortent des sentiments d’identité. Il est donc difficile pour un individu de se désolidariser d’un groupe en remettant en cause les stéréotypes au coeur de la culture qui les unit. Il faut pourtant savoir remettre en cause nos opinions quitte à choquer autrui.

Nous sommes plus prompts à prendre conscience et à démonter les préjugés quand nous en sommes les victimes. Nous avons besoin de rétablir la vérité pour ne pas être enfermés dans de mauvais rôles. C’est à partir de là que nous pouvons faire prendre conscience aux gens du mal que peut faire un préjugé : c’est-à-dire en leur faisant subir à leur tour ce préjugé, en les mettant en situation de victimes, de manière pédagogique, pas dans une perspective de vengeance.

C’est un travail éducatif, c’est notamment le rôle de la philosophie, que de dépasser les préjugés, les stéréotypes, les illusions, surtout quand ils deviennent dangereux en détournant les hommes du respect... une des formes de l’amour.

Chers élèves, merci de vos participations aux débats depuis janvier ; bonnes révisions pour le bac et, puisqu’on vous aime, on espère ne pas vous revoir l’an prochain, du moins les Terminales;)

Armand Launay, Hamidani-Attoumani Ambririki

Musique et philosophie , compte rendu du quatrième débat philo…

Débat nourri ce mercredi où 10 élèves ont bravé la grève des bus pour discuter des liens entre la philosophie et la musique.
On associe la musique (et les arts) aux loisirs, au plaisir, à l’évasion. Le son de la voix, premier instrument, et de la musique apaisent déjà le nourrisson, séduisent la grande majorité des hommes de toutes les cultures du monde. La musique est bien une culture universelle qui rassemble grâce à la fête, notamment, et casse les barrières entre les gens comme le notait Jean-Jacques Rousseau. La musique ouvre sur autrui.

Mais n’a-t-on pas tendance à se replier sur des genres musicaux ? Le parallèle est fait par un élève avec la religion ; censée rassembler mais qui crée des divisions, des courants d’opinions. L’illustration est faite avec l’écoute d’un extrait de Carmen du compositeur classique français Georges Bizet et la reprise de son air par Stromae. Les élèves sont rebutés par la forme de la musique classique.  

Peut-on parler de conditionnement de nos esprits, notamment à cause des médias qui valorisent l’actualité ? Notre liberté se limite-elle à choisir parmi les quelques options culturelles de notre société ? Sommes-nous condamnés à aimer une musique parce qu’on y a été sensibilisé par une publicité ou accoutumés par la puissance des boites de production ?  

Cependant un élève avance que les genres musicaux sont une invitation à l’ouverture. Il prend l’exemple du rap qui lui a donné l’envie d’écouter les groupes des années 90 : IAM, NTM... et leurs messages moraux que l’on ne retrouve pas toujours actuellement.

Si souvent dans la musique la voix nous suffit, les paroles ont un sens que l’on ne peut ignorer. La musique exige donc un recul critique car le son peut nous séduire, nous attirer autour de paroles qui ne sont pas gratuites, pas forcément neutres et bien intentionnées. Exemple est donné par l’écoute de Petit frère, d’IAM, nous sommes tous éducateurs par nos comportements ; quel sens retiennent les plus jeunes de nos messages et de nos exemples ? Mais l’esprit critique nous conduit aussi à mesurer que, même dans un style musical qui se veut contestataire, on peut trouver des paroles d’amour et de fraternité.

Car la musique est un peu la poésie d’aujourd’hui. Elle est un lieu d’expression fort. L’écoute de Grand corps malade et de Charles Aznavour (Tu es donc j’apprends) en est un bon exemple qui, en plus cite René Descartes et son fameux “Je pense donc je suis” qui est enrichi de la pensée “tu es donc j’apprends” et de la morale “l’homme est moins sot quand il est un peu curieux”.

La musique n’est pas neutre, ce n’est pas pour rien qu’elle est parfois interdite : notamment dans les recommandations de Platon dans la République, car les artistes divertissent et pervertissent le peuple, et dans le coran qui interdit la musique. On peut donc résumer en disant que, au-delà de ma chambre, la musique peut engager ma responsabilité.

Quelles que soient les différentes choses que nous cherchons dans la musique, il y a en elle l’idée d’un accomplissement de nous par la motivation (“moteur”) qu’elle nous donne… C’est ce que soulignait Friedrich Nietzsche qui associait la musique au dieu Dionysos, associé à la fête, à la soif de vie, à l’évolution permanente de celle-ci : “Sans la musique la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue”.

Un message qu’a bien incarné Bob Marley qui, victime d’un attentat en 1976, a continué à prôner la paix, la fraternité et l’espoir d’un homme meilleur.

L’envie de se retrouver a motivé élèves et enseignants à se donner rendez-vous le mercredi 27 mai autour du thème : les stéréotypes.

 

Langues et culture, compte rendu du troisième débat philo…

Ils étaient 15 - le mercredi 25 mars - pour débattre autour de la relation entre les langues et les cultures. C’est moins qu’au précédent débat, qui a réuni 50 personnes, mais la motivation était là comme le montrent, d’une part, les échanges qui ont duré plus de deux heures et, d’autre part, les talentueux chants anglais et espagnol interprétés par des élèves...

Le débat a commencé par un rappel du mythe biblique de la tour de Babel où le contact entre hommes a été coupé par la multiplication des langues. Appauvrissement pour l'humanité ou arrêt de l'hégémonie d'une seule et unique culture ? Les langues se sont déliées...

Une élève de TES3 entame le débat par une impression : la pratique du mahorais et du malgache peut créer comme des sous-groupes dans les classes du lycée. Certains élèves utilisent des codes culturels pour rester entre eux alors que, autrement, les habitudes culturelles varient peu en dehors de la langue. D’autres interventions soulignent que la vraie différence se trouve dans les efforts réalisés par certains élèves qui cherchent à comprendre les différences. Exemple est donné du khôl autour des yeux : utilisé en cas de maux d’yeux aux Comores et lors de mariages à Mayotte, il semble que la différence réside dans l’attitude des élèves ; ouverts et curieux… ou non ! Certains pensent que les efforts sont principalement le fait des malgachophones alors que montrer de l’intérêt pour autrui et sa culture est un des vecteurs de l’intégration... à l’image de certains métropolitains qui s’intéressent au mahorais afin de mieux comprendre les habitants de Mayotte. Une attention qui plait donc !   

 Alors que l’UNESCO alerte la communauté mondiale sur le risque de disparition, d’ici un siècle, de 90 % des 6 000 langues du globe, les jeunes ne sentent pas de risque particulier pour le mahorais. Certes, les jeunes ne comprennent ni tout le vocabulaire de leurs grands-parents ni celui du journal télévisé en mahorais. Certes, le mahorais est largement transformé par le français, l’anjouanais, aux fortes proximités linguistiques, et par le grand-comorien. Mais les jeunes ne sont pas en alerte sur son maintien ou la nécessité de l’apprendre dans l’école de la République. Ils ont avancé que la langue, en tant que moyen de cultiver l’identité locale, va bien s’il y a une volonté de la maintenir et d’éviter qu’elle ne se transforme en créole. Autrement, les participants ont souligné le besoin de cultiver une langue commune, de l’ouverture sur autrui, et une langue de l’identité.

En effet, les cultures sont là pour que les gens s’identifient. La culture des autres nous permet de nous questionner, de prendre conscience de nous-mêmes. Le dialogue avec autrui, ou en nous-mêmes, est donc au coeur de l’acte de culture personnelle et collective. Le meilleur garant de l’avenir de notre culture, c’est encore de la partager avec autrui, de la lui faire aimer. Le repli sur soi constituant le plus grand risque de voire notre culture se diluer.

D’un commun accord, le thème du prochain débat portera sur le lien entre la musique et la philosophie...

Rendez-vous le mercredi 29 avril, 13:40, à la maison des lycéens (face à la collation) pour débattre sur la musique : quels messages philosophiques sont diffusés par la musique ? Quel rôle joue la musique dans la société selon les philosophes ? Au programme : échanges, musiques et peut-être des danses et des chants selon la volonté et les talents en présence !

Violence et médias, compte rendu du second débat philo…

La maison des lycéens a accueilli 50 personnes, ce mercredi 25 février, au débat philosophique portant sur le rôle des médias dans la violence quotidienne, civile ou militaire. Les lycéens ont abondamment pris la parole en faisant preuve d’écoute et d’esprit critique autour de ce thème qui fait débat à Mayotte, notamment.

Le gros des discussions a porté sur l’origine de la violence chez les jeunes : imitation de parents eux-mêmes violents ou incapables de poser des limites à leurs enfants qui dérapent ? Des parents qui peuvent aussi être absents quand il s’agit de filtrer les programmes télévisés de leurs enfants… Valorisation excessive de la violence dans certains clips et films par des personnages violents dont la “réussite peut faire rêver ? Surabondance d’informations violentes au JT (agressions, massacres, guerres) qui banalisent la violence ?

Des élèves ont posé la question du contrôle des médias dont certains courent à l’audience, à l’audimat pour faire du profit. La violence fournirait donc les meilleurs gros titres, les images qui captivent le plus le public. N’y a-t-il pas déformation de l’information quand on survalorise certains événements ? Où se trouve la pédagogie quand le journaliste n’explique pas, à côté des faits, la valeur de ceux-ci ?

Le débat a porté sur Charlie hebdo, victime d’un attentat meurtrier en janvier. Des élèves ont trouvé que les journalistes étaient fautifs d’avoir choqué les musulmans. Ce à quoi d’autres élèves ont répondu que ce journal se veut satirique et qu’il se moque des extrémistes de tous poils. Un recul supplémentaire a été apporté par un élève disant que le rôle des médias est bien d’apporter des informations mais que, souvent, des gens les interprètent mal et ne cherchent pas à les comprendre.

Par ailleurs, les médias ne sont-ils pas victimes de règlements de comptes quand ils relaient des vidéos, des informations de groupes violents qui veulent frapper l’opinion publique ?

Quels sont les médias les plus fiables ? Les médias privés, publics, les médias d’opinions se revendiquant d’une idéologie ? Ces derniers ont un parti pris et donc éveillent un doute sur la qualité de leurs informations mais, de l’autre côté, ils sont francs et nous permettent de comparer différentes interprétations pour comprendre l’actualité. Le plus fiable outil est peut-être notre esprit critique et notre ouverture d’esprit.

Autre facteur de violence, pour les élèves, les différences de richesses qui engendrent des vols, des agressions. La société de consommation et son lot de publicités vendant le “bonheur” a peut-être aussi un rôle dans l’émergence de la violence si des gens pensent que le bonheur est dans la possession de biens matériels et la jouissance de services.

Enfin, la réflexion a porté sur la culture : une personne ignorante peut être parfaitement pacifiste alors qu’une personne éduquée peut être violente. Une invitation à développer une éducation de qualité, ce à quoi les élèves de Chirongui ici présents contribuent et contribueront assurément. C’est aussi le cas de quatre élèves du collège de Kani-Kéli venues avec deux enseignants, Dimitri Gueskine et Edith Benazech, encadrant l’atelier de radio-journalisme.

Rendez-vous le mercredi 25 mars, 13:40, à la maison des lycéens (face à la collation) pour débattre du rôle des langues et des cultures : nous rassemblent-elles ou nous divisent-elles ?   

Le premier débat philo du lycée!

Fêtes et bonheur, le compte rendu

D’abord séduits par quelques musiques de salegy, ce sont quelque 25 lycéens qui ont participé au premier débat philo - fêtes et bonheur - organisé ce mercredi 28 janvier.

Après une présentation des mots “fête” et “bonheur”, tous les deux liés au moment où les dieux sont bienveillants, les élèves ont pu débattre avec MM. Ambririki et Launay autour des questions suivantes : les fêtes procurent-elles le bonheur ? Il semble qu’elles donnent plutôt une joie, un plaisir, puisqu’elles ne sont pas durables.

Les fêtes ne sont-elles que joie ? Il semble que non ont répondu les lycéens, il n’y a qu’à penser aux préparatifs et aux dettes engendrés, par exemple, par un mariage issu des obligations de la tradition. Les fêtes portent-elles cependant des ingrédients du bonheur ? Les élèves ont plutôt pensé que oui car elles sont un partage de joie et l’occasion de faire des connaissances, de tisser des liens et donc de dépasser les événements de courte durée que sont les fêtes.

Autre question, les fêtes sont-elles la récompense du travail ou la préparation du travail ? L’hédonisme, la quête du bonheur, a été de mise car la réponse n’a pas tardé : “on fait la fête avant de reprendre les cours car on n’est pas sûrs de pouvoir faire la fête après et donc d’avoir une récompense.”

Les fêtes ont-elles une limite ? Oui car elles isolent certaines personnes déjà marginalisées et nous détournent du malheur des autres. Cependant, les fêtes nous donnent de la détente et de la force pour agir au quotidien, anticiper l’avenir et nous tourner vers autrui.

Après la fête, virage à 180° : le prochain débat portera sur la violence dans le monde et le rôle des médiasRendez-vous mercredi 25 février, 13:40, maison des lycéens.

Lettres

 

Les programmes de français et littérature en classes de seconde et première répondent à trois objectifs généraux  :
  • l'acquisition d'une culture,
  • la formation personnelle 
  • la formation du citoyen.

WebLettres est le site associatif des professeurs de français.

Les finalités propres de cet enseignement sont :

  • la constitution et l'enrichissement d'une culture littéraire ouverte sur d'autres champs du savoir et sur la société ;
  • la construction progressive de repères permettant une mise en perspective historique des œuvres littéraires ;
  • le développement d'une conscience esthétique permettant d'apprécier les œuvres, d'analyser l'émotion qu'elles procurent et d'en rendre compte à l'écrit comme à l'oral ;
  • l'étude continuée de la langue, comme instrument privilégié de la pensée, moyen d'exprimer ses sentiments et ses idées, lieu d'exercice de sa créativité et de son imagination ;
  • la formation du jugement et de l'esprit critique ;
  • le développement d'une attitude autonome et responsable, notamment en matière de recherche d'information et de documentation.